mardi 28 avril 2015

Vaccination

Je ne suis pas adepte des vaccins à tour de bras façon "big pharma is paying you". Loin de là. Mais quand on sait que le frère d'un patient est décédé à l'âge de 30 ans d'une tuberculose il y a une trentaine d'années, cela fait réfléchir.

Cet homme est décédé aux environs de ma naissance. D'une maladie que je vois au cabinet comme tellement bénigne car peut être soignée à la maison par de simples comprimés (à prendre certes pendant plusieurs mois). Et sans être mis en quarantaine, sauf pour les tuberculoses contagieuses "dans l'air" disons. Et à cette époque il y avait déjà des traitements de ce type.

Maladie non décelée ? Vaccination non faite ? Évolution défavorable très rapide ? On n'en sait rien. Le frère ne sait pas donc comment le savoir ? En tout cas, la vaccination vis-à-vis de la tuberculose a aidé. Et elle aide encore.

Restons ouverts. Du moins essayons au maximum.

lundi 13 avril 2015

Mini lettre ouverte

Chers patients,

Suite à des remarques peu sympathiques depuis ce matin sur les délais de rendez-vous et le fait de ne pas prendre en urgence des non-urgences, je vous prie instamment de vous calmer.

PARCE QUE LÀ, CA ME TITILLE GRAVE DE VOUS RÉPONDRE QUE OUI, VOUS ALLEZ MOURIR D'ICI LÀ !

Or, suite à cette phrase, vous seriez encore moins aimables. Et cela serait justifié. Restons courtois.

Cordialement,

La secrétaire

lundi 2 février 2015

Wow...

Patron : Euh attends... Je me pose juste la question, tu es là depuis combien de temps ?
Moi : J'ai commencé le 2 janvier 2008 ici.
Patron : Ça fait aussi longtemps ?!
Moi : ... euh... wow oui en effet !
Patron : On entame notre septième année ensemble quand-même.

Je suis contente d'avoir du boulot mais... ce que je n'aime pas ce que je fais. Je crois que je n'avais pas envie de compter le nombre d'années passées à faire un travail qui me déplaît. Bon, voyons le bon côté des choses : en juin 2016 c'est sûr il s'arrête.

Repreneur ou pas du cabinet, changement de contrat donc je pars et je "profiterai" des aides en cherchant un nouveau boulot. Il est au courant. Je ne ferai pas ça toute ma vie. L'empathie tue à petit feu. Pas qu'elle mais en grande partie.

jeudi 6 novembre 2014

Une ombre qui plâne

Elle est venue le 24 octobre. C'était la deuxième fois que je la voyais. La première fois date de février. Le médecin la voyait quasiment toutes les semaines dans un EHPAD où il fait des visites toutes les semaines.

Elle était encore plus massive qu'avant. Elle ne bougeait plus de son fauteuil roulant, surtout depuis une chute. Elle était fatiguée.

Elle s'endormait dans son fauteuil. Et ne se réveillait que difficilement. Et surtout, il y avait cette odeur...

J'ai souvent entendu que la mort n'a aucune odeur. Mais elle en a une. Je ne sais comment la décrire mais elle ne cherche pas à cacher son odeur.

Je pense que c'est plutôt que souvent les personnes ne peuvent ou ne veulent pas la sentir. On se sent impuissant au final.

Oui, la mort sentait autour d'elle. Cette odeur caractéristique de toutes les fois où je l'ai vue, directement ou non. Elle l'avait déjà complètement enveloppée.

Elle est décédée tôt ce matin. Soit 12 jours depuis la dernière visite. En effet, la dernière.

mardi 16 septembre 2014

Mon boulot vu par les proches

Je fais une pause. Je n'ai aucune idée de quand ce billet sera publié. Il va être écrit petit à petit au final. Il pourra peut-être être sujet à modification, que je signalerai ici.

Édition le 17 septembre 2014. J'avais oublié le dernier point...

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Je suis... lassée. On peut dire ça comme ça. Au début ça me mettait en colère. Et par moment ça me met encore en colère. Mais je suis surtout lassée maintenant.

Quand j'écoute mes proches, j'ai l'impression qu'il n'y a que eux qui ont un boulot (rayer la mention inutile, s'il y a) :
  • chiant ;
  • stressant ;
  • avec des problèmes avec les clients ;
  • avec des problèmes avec le ou les patrons ;
  • où ils ont l'impression de ne pas être reconnus ;
  • dont ils peuvent se faire virer.
Et surtout, LA remarque ultime : "ton travail est moins pénible que le mien". A laquelle on peut ajouter histoire de faire un combo : "la preuve, tu es parfois sur fesses de bouc".

Bien bien bien. Par où commencer...

Alors oui, je suis sur fesses de bouc. Parfois trop souvent par rapport à ce que je devrais. Alors je ne sais pas pour les autres, mais quand on a un travail stressant ça fait du bien de lâcher du leste sur une plateforme qui, n'en déplaise à certains, n'est pas à prendre au premier degrés dans le social non plus.

Mon travail est chiant. Les tâches sont pénibles car répétitives ou difficiles. J'aimerais bien voir certains de mes proches se retrouver à préparer un dossier pour présentation en réunion de concertation multidisciplinaire (RCP pour les intimes) d'un patient ayant un cancer alors qu'on n'a jamais fait ça avant et qu'on n'a pas le droit à l'erreur sinon faut recommencer et ça retarde la prise en charge du patient.

En plus, je n'aime pas mon boulot. Non mais vraiment. Vraiment vraiment. Mon patron a du mal à y croire parce que d'après lui je le fais bien. Mais bien faire son travail, au du moins faire son maximum, ne veut pas dire qu'on aime ce qu'on fait. On peut être professionnel même quand on n'aime pas un travail.

Stressant vous dites... C'est vrai que mon boulot n'est pas stressant. Entre les dossiers à préparer, les patients et toutes leurs pathologies, le fait de gérer ceux qui ont envie de se tuer, ceux qui viennent d'apprendre que leurs jours sont comptés, ceux qui se sont fait taper dessus et en souffrent encore, ceux qui sont méchants juste pour être méchants, etc. C'est pas stressant ? Non non, du tout. Pareil, j'aimerais bien les voir face au patient qui n'a jamais fumé, qui vient d'apprendre qu'il a un cancer non-opérable et qui vous souhaite "bonne journée". Vous lui répondez quoi ? "Merci vous aussi" ? Sachant qu'il s'en va chez le notaire pour faire son testament ?

Les problèmes avec les patients je ne vais pas revenir dessus pour le moment. C'est assez clair avec ce que j'ai déjà écrit.

Mon patron n'est pas toujours super tip top gentil non plus. Il est très sympa en général, je ne dis pas le contraire. Mais quand il a ses "sales périodes" c'est autre chose... On peut passer de Dr Jekyll à Mister Hyde (c'est marrant pour un médecin non ? non ? ok je sors). Et là il est beaucoup moins drôle et je me prends des remarques pour des choses où je n'y suis pour rien. Et il s'énerve vite, c'est le démarrage au quart de tour...

Quant à la reconnaissance, alors là... Je crois que je ne vais même pas en parler. La seule reconnaissance que j'ai c'est quelques mots gentils de patients ou petites attentions mais c'est si rare par rapport à la masse de travail ! Je ne demande pas à avoir un autel avec des offrandes mais un simple "merci" de la part de tout le monde ce serait bien. C'est normal de dire merci, non ? En tout cas, à la vieille conne que je suis (32 ans), on lui a appris ça. Bon je reconnais que le chèque de fin d'année me permet d'avoir un minimum de reconnaissance mais je préfèrerais une reconnaissance autre que financière.

La stabilité de mon travail est certes meilleure qu'un employé en intérim embauché pour 2 jours puis un hypothétique CDD etc. Mais en attendant, si je fais mal quelque chose en assistant mon patron, ça peut jouer sur la santé d'un patient. On fait parfois des ponctions pleurales. On met des patients sous oxygène. Un mauvais geste ou un mauvais réglage et les choses peuvent mal se passer. Et donc mon CDI en pâtir, voire être rompu.

Bref, je ne travaille pas, mon travail n'est pas fatigant, il est facile, etc. Enfin je dis ça vu que ce seulement les autres qui ont un travail difficile. Et que les remarques sont faciles de l'extérieur :(

mercredi 10 septembre 2014

J'ai envie de dire zut, flutte, crotte... chiiier !

L'homme au téléphone, voix détachée, ton froid et avec l'air franchement emmerdé (emmerdé par la paperasse, pas par la tristesse) : 

"Ma maman est décédé et je ne sais pas qui je dois contacter pour qu'il récupère l'appareil."

C'est à ce moment-là que s'est mise à résonner dans ma tête l'éternelle inquiétude de cette patiente. Patiente qui a fumé de très longues années et qui a fini par avoir besoin d'oxygène. Patiente qui avait ENFIN réussi à s'arrêter de fumer et commençait à se sentir mieux. Elle avait même réussi à reprendre un peu de poids et à dépasser les 45 kg (oui oui, 45 kg).

Son inquiétude était simple :

"Mais Fanny, quand je vais mourir, qui va s'occuper de ma chienne ? Elle est vieille, personne ne la voudra en plus...".

J'ai appris aujourd'hui, alors qu'elle est décédée il y a 2 jours, qu'elle avait deux enfants. Elle ne m'en avait jamais parlés, c'est mon patron qui me l'a dit. Ses enfants lui avaient tourné le dos depuis bien des années, ils vivaient ailleurs et ne venait pas la voir.

Quant à son mari, il la battait. Elle est restée avec lui. Il est mort il y a quelques années seulement. Quelques années qu'elle a enfin pu vivre à peu près tranquillement.

"Qui va prendre soin de ma chienne ?" me demandait-elle toujours, les larmes aux yeux...

Je ne sais pas Marie-Claire. Je ne sais pas ce qu'elle va devenir. J'espère que le fils ne fera pas n'importe quoi.

lundi 4 août 2014

Constatation

Il y a des différences parfois minimes dans la façon dont les médecins dictent un courrier.

Je ne parle même pas de la façon d'articuler, du fait de parler tellement loin du dicactaphone que ça devient incomprhénsible, non non.

La for-mu-la-tion.

Exemple de la remplaçante zalacong (je vais l'appeler comme ça maintenant) :

La radiographie thoracique semble normale.

Mon avis d'ancienne L critique :

Euh.. elle n'est pas sûre de ce qu'elle dit, c'est ça ?

Le cas de mon patron et de la remplaçante qui rox :

La radiographie thoracique est normale.

Mon avis de patiente (je pense avoir un bon regard avec la Salope Et Pétasse) :

Ah ben au moins, là le médecin est sûr de lui.

Ce n'est pas que mais... ça me dérange c'est impression de doute. Alors j'admets, c'est probablement plus dans une optique de se protéger.

Pourquoi se protéger ? Admettons qu'un patient vienne et qu'il n'y ait rien de spécial. Un an plus tard, celui-ci revient pour râler que le médecin n'a pas été capable de voir qu'il y avait un cancer du poumon et qu'à l'hôpital au moins EUX ils l'ont vu. Sauf que... Ils l'ont peut-être vu avec d'autres imageries qu'une radiographie standard. Ils ont peut-être fait un prélèvement. Il n'y avait peut-être en effet rien lors de la première consultation mais le cancer a poussé entre temps. Et après, qui est emmerdé ? C'est bibi, comme dirait mon patron.

En fait je crois que je préfère aussi me dire que c'est pour se protéger et pas par manque d'assurance. Ce serait vraiment inquiétant sinon.