vendredi 15 septembre 2017

Et plus d'un an après ?

Je me suis dit que j'allais faire un petit point. Mon contrat comme secrétaire/assistante médicale a pris fin le 29 juin 2016. J'avais démissionné pour ne pas travailler avec un repreneur n'ayant rien d'un médecin pour moi, à part certaines notions.

Je suis peut-être dure, mais quand je vois qu'il y avait des choses que je savais mieux faire, mieux gérer, mieux diagnostiquer même (un comble !!!) face à quelqu'un qui ne pensait qu'à l'argent, arrivait tout le temps en retard, prescrivait à tout va (tu n'as pas besoin mais allons-y je te fais une ordo pour de la Ventoline, WTF?!)... Ben ça ne donnait pas envie de rester. Surtout quand il veut jouer au con avec la réglementation du travail et essayer de tout me mettre dans l'os.

Après il y a aussi le fait que je n'aimais pas mon travail. Je me pliais en quatre pour le médecin et les patients mais je n'aimais pas. J'étais bouffée par mon empathie et l'énergie que je déployais pour les autres au lieu d'en garder un peu pour moi avec la Salope Et Pétasse.

Je suis contente de ne plus travailler là-bas. C'est un fait.

Mon ancien patron ne me manque pas car je continue à papoter avec lui et à le voir.

Par contre, il y a des patients qui me manquent. Ils sont plus nombreux et me manquent plus que ce que j'aurais imaginé.

Je vais d'ailleurs reprendre contact avec certains d'entre eux. Maintenant que tout s'est bien tassé, que la page est bien tourné et qu'il n'y a plus de risque vis-à-vis du repreneur.

C'était une belle et difficile expérience au final.

lundi 9 mai 2016

Pause

J'ai deux articles qui sont toujours au stade de brouillon. Je voudrais écrire, j'en aurais besoin. Mais les murs ont des oreilles et je suis épiée.

Du coup, j'essaie de ne pas attirer l'attention. Je prépare ma sortie et j'espère que rien ne va venir la faire capoter. J'ai la pression de toux les côtés. Je ne suis plus traitée comme je devrais l'être. Je ne veux pas être une reine, mais je n'ai pas à être la boniche et le punching-ball de tout le monde.

J'aimerais juste faire mon travail correctement et non me retrouver à écrire des choses que je sais être fausses car le travail n'a pas été fait comme il aurait fallu.

J'aurais voulu finir comme cela avait commencé, de la façon la moins stressante possible. Mais j'ai du sortir les armes et commencer à me battre. Mais me préserver aussi de ce qu'on pourrait me faire pour m'empêcher de faire ce que je veux.

Nous ne sommes pas marié(e)s à notre travail. Nous ne devrions jamais l'oublier. On ne devrait jamais nous forcer et nous dire que "si si si, vous vous êtes engagé(e)".

Donc je fais une pause. Quand tout sera fini, je pourrai alors revenir sans aucun risque pour mon futur.

lundi 4 janvier 2016

J'ai parlé

Je ne sais pas si ce que j'ai fait est une bonne chose. Enfin si, au fond de moi je suis convaincue que c'est le cas. Mais il y a toujours un doute.

Il m'est arrivé de lâcher à de rares patients que j'ai une sclérose en plaques. Pourquoi ? Parce qu'il s'agissait de patient ayant des problèmes neurologiques similaires, voire justement une SEP. Et qui étaient désemparés.

Il m'a semblé que cela leur a fait du bien d'en parler. De parler de leurs inquiétudes, de me poser des questions. Et j'avoue que lorsque j'ai eu ce rapport avec un patient âgé ayant une SEP de longue date et à qui j'ai demandé si je pouvais lui en parler, en ayant moi-même une, cela m'a fait du bien aussi. Du bien de voir qu'on ne finit pas forcément comme un légume. De voir que les autres ont peur aussi. De voir que d'autres refusent toujours d'accepter la maladie. De voir qu'on n'est pas seuls.

M'étant mise à Twitter l'année dernière (véridique), je me suis mise à suivre des médecins dont je lisais déjà les blog. Et je suis tombée sur un retweet d'un message de Margot (alias @Hermine_sed, qui a un blog et qui fait des vidéos que j'adore). Elle cherchait des personnes ayant des maladies chroniques et qui seraient prêtes à en parler pour faire une grosse vidéo sur laquelle elle prévoyait de "passer de nombreuses heures à se taper la tête contre son écran".

J'ai réfléchi. Je me suis dit qu'envoyer un mail pour avoir plus d'informations ne m’engageait à rien. Puis j'ai encore réfléchi. Et j'ai fait une vidéo de près de 54 minutes. Je n'avais encore JAMAIS autant parlé de la SEP. Du début à la fin. J'ai voulu la refaire car j'étais hors sujet pour certaines choses mais je n'en ai pas eu la force. Je n'avais pas réalisé à quel point cela avait été éprouvant d'en parler, même si c'était seule face à une caméra.

Je parlais déjà peu de la maladie mais ça a été encore moins le cas ensuite. Puis un patient a téléphoné, n'a plus pu se lever un matin. Cela a ravivé ce qu'il s'est passé début 2005 pour moi. "Suspicion de SEP" m'a-t-il dit. Et on sentait dans sa voix qu'il avait peur. Du coup j'ai lâché l'information : "je comprends, j'ai une SEP aussi et la première poussée s'est passée de la même façon".

Nous en avons discuté quand il a pu revenir au cabinet pour son suivi. Il m'a posé plein de questions. Ancien rugbyman, il n'a aucune envie de la laisser faire. Suite à une importante blessure aux cervicales (opération nécessaire), il ne pouvait plus jouer au rugby, sa passion. Mais il est battant, il veut continuer à marcher avec ses filles. Même avec sa canne, il s'en fiche, il veut.

Le fait d'avoir simplement discuté, sans cacher ses peurs ni rien, cela les a aidé. Et je trouve que ce n'est pas assez le cas. J'aurais aimé qu'on en discute de la même façon avec moi au début plutôt que de rester sur un discours purement optimiste. Surtout sachant qu'une soeur de ma mère en est morte.

Cela me fait applaudir le travail de Margot justement. La vidéo qui m'a le plus "émue" dernièrement on va dire est celle-ci : Tu as le droit d'aller mal

Si tu passes ici par hasard (le blog n'étant pas connu il y a peu de chance mais on ne sait jamais) et que tu as une maladie chronique, ou que tu connais quelqu'un qui a une maladie chronique, n'hésite pas à lui montrer ces vidéos. Elles font du bien.

Et pour résumer ce que j'essaie de dire : écoutez les gens. Ne dites pas juste ce qu'il faut faire ou pas, comment ils devraient réagir, etc. Écoutez-les et réagissez en fonction de leurs besoins. 

jeudi 1 octobre 2015

Soupir intérieur

Patron qui me dit 36 trucs en même temps à faire et à enregistrer.
Patient : Vous avez l'air de vous dépêcher.
Moi, en souriant (on notera l'effort) : Oui il faut être partout à la fois.
Patient : Oh ben vous savez c'est normal. Toute ma vie je rentrais le soir après 19h et je n'en suis pas mort.
...
 
...

Merci mon gars. Mine de rien, elle a fait mal cette remarque. Alors certes, cher monsieur, vous ne pouvez pas être au courant. Mais du haut de vos 59 ans, vous n'avez pas de souci de santé en dehors d'un hypothétique peut-être pas dit du tout syndrome d'apnées du sommeil. Du haut de mes 34 ans, je traîne une SEP qui m'en fait voir depuis 2005.

Donc oui, je me dépêche, faut que je note, j'ai du mal à suivre. Je n'en mourrai pas, en effet. Mais le retour de bâton en rentrant va être violent.

Mais bon, c'est rien après tout...

mardi 1 septembre 2015

C'est con hein...

C'est con d'y penser, je n'y suis pas encore. Mais petit à petit me viennent à l'esprit des "détails" qui n'en sont pas vraiment.

Ce qui va changer quand mon patron sera à la retraite ? Pas grand-chose. Si peu.

Je ne saurai pas ce qu'il va arriver à Monsieur G., si gentil, ainsi qu'à son épouse. Ni à Monsieur M. Ni à d'autres auxquels je me suis attachée même si je m’efforce de ne pas le faire. Cela me ronge quand ils ont des soucis de santé ou de moral. Comme si je faisais partie de leurs proches. Je ne devrais pas me sentir aussi proche, je devrais pouvoir le contrôler. Mais avec certains je n'y arrive pas, mes barrières tombent.

Des barrières qui tombent souvent involontairement au fur et à mesure. Et parfois volontairement aussi face à un patient qui a voulu se suicider car diagnostic de SEP en cours. À qui j'ai dit en face que j'en ai une, de SEP. Parce que c'est vrai. Que je le vis mal MAIS que ça ne veut pas forcément dire qu'on ne peut plus rien faire. La preuve. Il a repris du poil de la bête avant de se mettre à boire 3 ans plus tard quand une de ses jambes ne fonctionnait plus du tout. Est mort parce qu'il a tellement bu d'alcool que son foie a lâché.

Autre détail à l'opposé de cette proximité avec les patients. Je parle d'opposé parce qu'il s'agit d'un détail purement matériel. Là il y a eu du retard pour les salaires car le chef de la compta était absent. Soit... Mon compte étant temporairement bloqué, j'ai pris 20 euros dans la caisse. Comme cela m'est déjà arrivé, en mettant un post-it dedans pour ne pas qu'il s'étonne de l'écart le soir. Je les ai empruntés parce que sinon je ne peux plus mettre d'essence pour venir bosser pour avoir de quoi mettre de l'essence pour venir bosser etc. Il sait très bien que je vais les remettre les 20 euros. Je doute qu'une fois que je bosserai ailleurs je pourrais emprunter 20 euros dans une caisse le temps que le salaire soit sur le compte.

Deux "détails" bien à l'opposé mais qui se font de plus en plus présents puisqu'il arrêtera fin juin 2016. C'est loin mais tellement proche. Je me sens presque comme une petite fille qui se demande comment elle va faire ensuite. C'est con hein...

mardi 25 août 2015

Trop plein

J'arrive de plus en plus à ce que je ressens comme un point de non retour.

Des emmerdes au niveau ambiance collègue de travail et administrés/éleveurs/ce que vous voulez, j'en ai eues. J'ai toujours pu les gérer alors que je n'avais pas l'impression d'y arriver.

Mais là...

Une Nème fois, j'ai eu droit au "on a le temps de mourir".

Est-ce que je "vieuconnardise" déjà à 33 ans ? C'est le terme qu'utilise la femme de mon patron envers lui. Il commence à l'utiliser avec moi.

Il doit avec raison mais cette pression permanente, cette façon d'agir de plus en plus fréquente, même lui commence à craquer.

Est-ce parce que j'ai une pathologie à type d'épée de Damoclès au dessus de ma tête qui me rend intransigeante ? Dans le sens où si vous n'arrivez plus du tout à respirer ce n'est pas la peine d'aller chez le pneumologue, allez aux urgences. Si c'est pour des tests allergologiques oui il le fait puisqu'il est allergologue mais non il n'y a pas d'urgence. Surtout que les patients sous traitement anti-H1 ne comprennent souvent pas pourquoi cela ne sert à rien de faire les tests.

Tout le monde n'est pas ainsi et je le sais. Mais j'ai de plus en plus de difficultés à gérer les patients, leurs humeurs, leurs peines, etc. Parfois j'ai l'impression qu'ils me voient comme un robot capable de tout entendre.

J'entends. Je sais écouter. J'ai même déjà discuté suicide avec des patients qui craquaient à cause de leur problèmes de santé, d'argent et de tristesse liée au décès de l'être aimé avec qui ils ont fêté des noces d'or.

J'écoute et j’emmagasine. Un des patients au téléphone a été surpris que je me souvienne de son prénom. Cela ne me semble pas si difficile, d'autant qu'il s'agit d'un patient qui vient régulièrement en contrôle.

J'aimerais que l'on puisse se poser tranquillement. Qu'on puisse expliquer à certains patients faisant un scandale pourquoi ils ne sont pas prioritaires. Pourquoi certains patients devraient par contre s'alarmer plus tôt. Que cela soit aussi entendu par certains médecins (généralistes et spécialistes) qui parfois s'alarment trop ou pas assez.

Je voudrais... mais cela ne se fera pas. Un an avant sa retraite. Réaction des patients : "Mais vous allez faire quoi puisqu'il n'a pas de repreneur ?". Je serai au chômage. Et franchement, pour la première fois de ma vie, j'ai hâte d'y être.

Faire un travail que l'on n'aime pas est une chose. Cela n'empêche de loin pas de bien le faire. Mais finir rongée par ce travail à m'en pourrir les vacances, je ne le veux plus. L'épée de Damoclès de la Salope Et Pétasse est suffisante, inutile d'en rajouter.

lundi 20 juillet 2015

Chers morts

Juste un petit mot pour vous dire que je ne vous oublie pas.

Ce n'est pas parce que je dis de façon détachée "toutes mes condoléances" à vos proches que vous n'avez pas comptés à mes yeux.

Vous avez été là, patients ou non, sympathiques ou non, mais vous avez été.

Il faut toutefois que les vivants se protègent. Il faut que je me protège. C'est nécessaire pour continuer.

Je vous parais peut-être froide mais ce n'est qu'une façade. Vos morts m'ont affectée. Je dois toutefois rester présente pour les vivants.